8 novembre – soirée électorale chez les Républicains de Charleston

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La soirée avait bien commencé. Comme nous avions assisté au premier débat Clinton/Trump dans une permanence démocrate à Arlington, j’avais décidé ce soir d’aller chez les Républicains, par souci d’équité et par curiosité.

p1080467Ces dernières semaines, nous avons suivi les hauts et les bas de la campagne à la radio, mais aussi pu constater qu’autour de nous l’ambiance avait changé : aux Etats-Unis, on affiche volontiers son soutien à un candidat par un panonceau dans son jardin. Or, tandis que le Nord-Est était largement acquis à la cause démocrate, depuis que nous sommes au sud de Washington, on croirait qu’il n’y a plus qu’un candidat : Trump. Dans certains villages, la floraison de panneaux était réellement frappante. Les résultats confirment apparemment cette impression visuelle.
p1080890Lorsque nous arrivons à la soirée républicaine, la salle est bien garnie, mais c’est très calme, on ne sent pas d’excitation particulière. Alors qu’il est plus de vingt heures et que des résultats commencent à tomber, les écrans de télé sont éteints (c’est bien ma chance) et deux ou trois personnes se succèdent mollement au pupitre pour saluer la réélection attendue de leur candidat, Tim Scott, au Sénat. On ne croirait pas qu’une élection présidentielle est en cours.
p1080893Tim Scott lui-même se présente comme un représentant du rêve américain, toujours possible. Il est noir, n’a pas fait d’études particulièrement brillantes, mais l’Amérique lui a offert une seconde chance et il a su la saisir. Il commence son discours par des remerciements très appuyés à Dieu et le termine en souhaitant que l’Amérique retrouve sa grandeur et sa prospérité afin que les pauvres du monde entier aient envie de sauter dans des radeaux de fortune pour la rejoindre (euh, est-ce bien raccord avec les projets de Trump ? D’ailleurs, il n’a pas un mot pour ce dernier).

 

 

 

Je me demande un instant si cette indifférence perçue à l’élection présidentielle ne serait pas due à un rejet de Trump, qui aura divisé jusque dans son camp. Mais non, on m’affirme que les Républicains de Caroline du Sud, y compris le gouverneur et ce sénateur, n’ont aucuns états d’âme à soutenir leur candidat. Comme lors de précédentes conversations avec des partisans de Trump, les premiers thèmes évoqués sont la défense des « valeurs morales » (entendez : chrétiennes conservatrices), le rejet du « libéralisme » (en France, on dirait progressisme) d’Obama et de la « corruption » d’Hillary Clinton. Les scandaleuses déclarations de Trump ont été mal comprises, sorties de leur contexte.
Alors pourquoi ce calme ? Serait-ce qu’ils ne croient pas à l’élection de Trump ?

Pourtant, les résultats qui apparaissent sur les écrans finalement allumés (sur Fox News, forcément) sont de plus en plus étonnants ; petit à petit la victoire de Trump se dessine ; et petit à petit, la salle se vide néanmoins. A onze heures, il n’y a plus personne et je me rends dans un bar où sont rassemblés quelques partisans républicains.

Minuit : pour la première fois, CNN donne la Pennsylvanie à Trump (la Pennsylvanie !). Si c’est exact, l’affaire est entendue.

Sur Fox News, un journaliste analyse : Trump a su séduire ceux qui en ont « marre de Washington ». Dans le bar, l’assistance, largement masculine, approuve bruyamment. Une allusion au changement climatique provoque des rires gras.

Minuit et demie, une heure : on attend toujours le Michigan, le Minnesota, la Pennsylvanie.

Je tremble, et ce n’est pas seulement parce qu’il ne fait pas très chaud dans le café.

Deux heures, le bar ferme, on rentre se coucher, sans les résultats définitifs, mais c’est la norme (les derniers bureaux de l’Alaska viennent de fermer, les procédures de vote et de comptage ne sont pas les mêmes partout – on se souvient de l’élection Gore-Bush où il aura fallu attendre un mois la validation des résultats).

Tout le monde est un peu sonné et dans l’expectative, à commencer par les commentateurs : peut-être les électeurs sont-ils eux-mêmes étonnés de l’issue du vote (diront-ils comme les partisans du Brexit, auquel il est beaucoup fait allusion ce soir, qu’ils ne « savaient pas » ?) ; mais une armée de politiciens conservateurs sauront très bien quoi faire de cette victoire. Les Républicains tiennent la Chambre des représentants, le Sénat. Ils vont tenir la Cour suprême. Malgré le discours de victoire lénifiant de Trump (les résultats ont été confirmés pendant que j’écrivais), il ne sera pas si facile de faire rentrer dans sa boîte la haine qui a trouvé à s’exprimer dans cette élection. Décidément, la soirée se termine mal.

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Pendant plusieurs heures, il ne manque plus qu’une poignée de grands électeurs à Trump pour atteindre les fatidiques 270.